Don’t worry at Dusk, I’m late

  • 2015
  • Caisson lumineux avec 52 possibilités de ciel, inox, Plexiglas opalin. papier teinté, chaises Lightbox with 52 shades of skies, stainless steel, Opal plexiglas. tainted paper, chairs
  • Dimensions variablesVariable dimensions
  • ©Philippe Degobert

(Fr)
Cinquante-deux nuances de bleu se succèdent dans le caisson lumineux situé face à l’entrée du pavillon. Ce sont les tonalités du cyanomètre, inventé en 1787 par Horace Benedict de Saussure pour échantillonner puis mesurer la couleur du ciel, qui défilent à un rythme immuable. Imaginé comme un outil d'observation et de prévision météorologique, le cyanomètre répertoriait les couleurs du ciel, des bords du lac Léman au sommet du Mont-Blanc, et comportait un miroir permettant l'observation sans éblouissement. Au caractère dérisoire de ces petits cartons de gouache répond l'entreprise grandiose et poétique d'inventorier le ciel.
Sur le caisson, les cinquante-deux nuances défilent, reproduisant cycle après cycle ces nuances de ciel, qui du plus clair de l'aube au crépuscule, semblent engloutir les jours en un mouvement accéléré et inexorable. Une course vertigineuse, modérée par la contemplation de ces monochromes successifs.
Mais une nuance manque dans cet éventail du ciel.
Cette salle nous offre le spectacle d’un espace vide de présence, ponctué de chaises et jonché de tickets déchirés. L’action semble révolue, comme si nous arrivions après l’événement, dans un espace-temps désinvesti de toute dimension émotionnelle. Alors que l’attente est généralement habitée d’impatience et de tensions, face à l’imminence de ce qui doit advenir, ne demeurent ici que les reliques muettes de ce moment.
C’est à travers l’expérience de l’attente que nous sentons le plus intensément le temps et, selon qu’elle soit char- gée de langueur, d’indifférence, d’angoisse, d’impatience ou d’espoir, elle en modifie notre perception. Ce temps subjectif s’étire parfois jusqu’à l’insupportable suivant que nous ressentons de la joie ou de l’ennui. La littérature et la philosophie ont souvent placé cette expérience de l’attente dans une perspective métaphysique. Dans L’Etre et le Néant, Jean-Paul Sartre, écrit ainsi « aussi faut-il considérer notre vie comme étant faite non seulement d’attentes, mais d’attentes qui attendent elles-mêmes des attentes. (...) Ces attentes évidemment comportent toutes une référence à un terme ultime qui serait attendu sans plus rien attendre. (...) Toute la série est suspendue à ce terme ultime.» L’espace de la « salle d’attente » suggère ici le fantasme d’un instant éternisé, pétrifié, « l’arrêt du temps ou l’abolition du monde».
Les tickets qui jonchent la pièce sont de couleur bleue, la cinquante-troisième nuance du Cyanomètre de Saussure, la tonalité manquante de la première salle. Un morceau de ciel, un instant arraché, une promesse secrète laissée à même le sol.

(En)
Fifty two shades of blue follow one another in the light- box located opposite the entrance to the pavilion. These are the tones of the Cyanometer – a device invented in 1787 by Horace-Be?ne?dict de Saussure to sample and measure the colour of the sky – which unfold at an un- changing pace. Conceived as a weather observation and forecasting tool, the Cyanometer recorded the colours of the sky from the shores of Lake Geneva to the summit of Mont Blanc, and included a mirror enabling the user to make observations without being dazzled. It falls to these modest, small gouache cards to undertake the grandiose and poetic enterprise of making an inventory of the sky. In the box, the fifty two tones unfold, reproducing cycle after cycle these shades of blue, which – from the palest of dawn to that of dusk – seem to engulf the days in an accelerated and inexorable movement. A race at break- neck speed, moderated by the contemplation of these successive monochromes.
But one shade is missing from this range of sky blues. This room presents us with the spectacle of space empty of any presence, punctuated with chairs and strewn with torn tickets. The action seems to be over, as if we were arriving after the event, in a space-time stripped of any emotional dimension. While waiting is generally filled with impatience and tension, in view of the imminence of what must happen, only the mute relics of this moment remain here. It is through the experience of waiting that we feel time most intensely and, depending on whether it is loaded with languor, indifference, anxiety, impatience or hope, it modifies our perception of it. This subjective time sometimes stretches to unbearable lengths, depending on whether we feel joy or boredom. Literature and philosophy have frequently placed this experience of waiting in a metaphysical perspective. In Being and Nothingness, Jean-Paul Sartre wrote “Thus it is necessary to consider our life as being made up not only of waitings but of waitings which themselves wait for waitings. (…) These waitings evidently all include a reference to a final term which would be waited for without waiting for anything more. (…) The whole series is suspended from this final term”7. The space of the “waiting room” suggests here the fantasy of eternal, frozen moment, “the stopping of time or the abolition of the world”. The tickets strewn around the room are blue, the fifty third shade of Saussure’s Cyanometer, the tone missing.
A piece of sky, a snatched moment, a secret promise left on the ground.

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