David Brognon & Stéphanie Rollin, par Hélène Guenin (FR)

« Explorateurs de l’abîme», David Brognon et Stéphanie Rollin sondent depuis 2006 les failles existentielles, observent les figures de la chute et les formes d’aliénations. Se frottant en permanence aux franges de la société, ils offrent des monuments modestes et pudiques aux « désaxés ». Nulle complaisance ou tentation dans leur fascination pour le « marginal », qui est d’abord mue par la quête d'une étincelle dans la noirceur. Addiction et mélancolie se côtoient, mais sans bavardage ni littéralité. Car il n'est pas question de cris dans leur travail, plutôt de murmures. On y pénètre sur le mode du secret partagé, de la confidence.
Les artistes, lauréats en 2013 du Pirelli Art Prize à Art Brussels et qui font l'objet d’une monographie cet été au Frac Poitou-Charentes, sont en effet également attentifs aux « petites épiphanies de la vie », comme les avaient nommées l'artiste Ian Breakwell, à ces chroniques du quotidien, ces moments de grâce dans la noirceur ou la banalité. Ils transcendent avec une infinie délicatesse l'éclat du peu et de ce qui est habituellement négligé, à travers des chronique de la trivialité anoblie.
Hélène Guenin
Curateur en chef des expositions.
Programmation spectacle vivant et performances.
Centre Pompidou-Metz, France

David Brognon & Stéphanie Rollin, by Hélène Guenin (EN)

“Explorers of the abyss”, David Brognon and Stéphanie Rollin have since 2006 been probing the existential fault lines, observing the fallen and the alienated. Permanently rubbing shoulders with the fringes of society, they create modest monuments to people who have fallen by the wayside. No indulgence or temptation in their fascination for the marginal, which is initially driven by the search for a spark in the darkness. Addiction and melancholy exist side by side, but without chatter or literalness. For their work does not shout, it whispers. Its point of entry is the shared secret, trust.
The artists, winners in 2013 of the Pirelli Art Prize at Art Brussels and the subject of a monograph this summer at Frac Poitou-Charentes, are just as attentive to “life’s small epiphanies”, as the artist Ian Breakwell called them, the minutiae of everyday life, those moments of grace in the darkness or the commonplace. They heighten with infinite delicacy the brilliance of the inconsequential and the habitually neglected by recording the nobility of trivia.
Hélène Guenin
Chief Curator.
Centre Pompidou-Metz, France

"Love will Tear us apart" par Claude Lévêque (FR)

Des ombres caressent les sols où des lames multicolores de confettis se révèlent être un piège d’accès direct. Cendres ravivées à l’envers d’un hypothétique manifeste. Les lignes de la main se muent en rayures luminescentes éclairant les destins sus ou vus, paradoxalement inavoués. Trajectoires mensongères, déviances existentielles du trop banal injecté en écho. Sans mobile apparent sous les combinaisons de codes fictifs, le réel masqué s’érige en forteresses de rêves vides et de désirs insignifiants. N’être rien dans la foule qu’un numéro dans un nombre. Survivre seulement. Poussières d’anges vitrifiées. Peaux scarifiées, désirs de cage. Langues percées, spectres ajourés de soleils noirs durcis d’où s’exhalent les supplices. Les blessures infantiles mutiques volent en éclats déportés. Jeu révolu. Le garçon enfile une robe de deuil dans la pénombre de la chambre, il se tourne et se retourne dans un signe répété d’adieu au soleil rasant. Le portail désactivé nous met à l’écart de sa propre protection. Loin derrière la vie.

Claude Lévêque 1er mai 2012
Artiste plasticien Français

"Love will Tear us apart" by Claude Lévêque (EN)

Shadows caress the floors where multicoloured confetti proves to be a directly accessible trap. Ash rekindled on the other side of a hypothetical manifesto. The lines on the hand become luminescent rays lighting the paradoxically covert known or seen destinies. Dishonest paths or existential deviances from the too banal resonate. Without an apparent motive beneath the combinations of fictitious codes the masked real builds itself into strongholds of empty dreams and insignificant desires. Being nothing in a crowd other than a number in an amount. Simply survive. Vitrified angel dust. Scarified skins, imprisoned desires. Pierced tongues, ghosts perforated with hardened black suns from where the torments emanate. Mute childhood injuries shatter into exiled pieces. Game over. The boy slips on a mourning garment in the darkness of the bedroom. He turns and turns again as a repeated farewell to the low-angled sun. The deactivated doorway’s mechanism casts us aside from his own protection. Far behind life.

Claude Lévêque 1st May 2012
French contemporary artist